Cali

CALI

On n’a jamais entendu dire que Cali se défendait de quoi que ce soit. Au contraire, chez lui, la liberté est vivace et vitale, têtue et entretenue. Si son septième album studio s’intitule Les Choses défendues, c’est précisément parce qu’il célèbre cet instant des dix-sept ans où l’on grandit en faisant les choses défendues. Et, bien après ses dix-sept ans, il continue, il recommence.

Question de tempérament, mais aussi question de timing : cette année, Cali s’engage sur une voie à la fois aventureuse et familière – plus fort, plus loin. Dans la chanson qui donne son titre à l’album, il clame à ses cadets : “Croquez dans toutes ces choses défendues“. Quant à lui, il croque dans les émotions débordantes, les souvenirs vertigineux, les tragédies intimes, les limites ultimes du cœur.

Alors que depuis quelques années en France, on chante beaucoup sur la pointe des pieds, Cali avoue que, pour lui, “ce n’est pas la peine d’aseptiser“. Il veut regarder vraiment. Dévoiler, dire, raconter.

Il y a une douzaine d’années, on le découvrait incroyablement franc quand on devinait l’autobiographie sous ses premiers succès. Mais peut-être ne lâchait-il pas encore autant ses mots et ses émotions. Pour cet album, il déborde toute défense : “J’ai la chance de beaucoup écrire et certaines chansons me remuent vraiment. Elles me remuent assez pour durer toute une vie, alors qu’avant certaines autres m’ont duré seulement une tournée.” Les chansons des Choses défendues resteront longtemps, dans nos mémoires comme dans sa vie d’artiste.

Une des nouvelles chansons de cet album dit que “La vie est une menteuse”, mais Cali, lui, ne ment pas. Voilà un album de sève, de sourires, de rocs, de rêve, d’amour qu’on veut sentir couler en soi.

Douze chansons qui frappent tour à tour le cœur, le bonheur, les heures qu’on croyait oubliées dans le grand chapiteau de l’enfance. Un passé conjugué au fil du disque au moment présent.

On en crèverait de larmes de joie, tant ici s’emmêlent et s’égarent l’une dans l’autre, dans un tourbillon aussi délicat et animal qu’une chaîne d’ADN, la vie d’avant, et la vie, maintenant.
“La vie quoi !” lance justement Cali sur ce single euphorique et d’une énergie toute vitaliste qui exhorte chacun à un bonheur immédiat.

Le rockeur qu’on connaît si engagé, ce troubadour qui souffle des flammes de liesse sur son public depuis maintenant plus de vingt ans, a chapitré son existence d’un “Age d’or”.
Et c’est vrai : il ouvre ici ses ailes. En mots. En musique. En confidence. Avec une puissance nouvelle : celle d’un homme ébloui par la vie, tirant de son expérience une force et une joie pures.

C’est racé. Et pourtant d’une brutalité intacte. Comme si les battements de son cœur n’étaient jamais tout à fait apaisés. Son volcan se joue de nous. Et explose de temps à autre, comme avec Jimmie O’Neill, le chanteur écossais des mythiques Silencers, qui pose sa voix rugueuse dans “Le grand chemin”.
Cali chante comme il vit, sans mensonge et sans artifice.

L’élégance et l’émotion, égrenées tout au long du disque, naissent aussi d’une fusion : celle du chanteur avec David François Moreau, compositeur de musique de film et de ballet, et réalisateur, musicien et arrangeur de L’Age d’or.

Un alliage de leurs cultures musicales qui leur a permis de composer ensemble et de sculpter certaines des mélodies, lisibles et claires comme des ritournelles passées. Des mélodies qui revêtent tour à tour des harmonies pleines de force, d’audace et de tendresse. Les instruments et les contrechants sont comme des boomerangs qui reviennent résonner contre les mots et font flancher le cœur de tant d’inattendu. L’espace musical tourne autour de la voix.

Et soudain, dans “Poppée in utero”, le voyage sombre dans un rêve sans parole.
Une comète musicale libre et fulgurante, à la manière de Luciano Berio, remplie de matières sonores enlacées par David François Moreau, dont on reconnaît là particulièrement son travail pour la danse contemporaine.

Enfin, il y a toujours chez Cali un autre artisan secret qui veille, Léo Ferré.
La reprise de “L’âge d’or” clôt évidemment le tout. La boucle se boucle d’elle-même.
Et Cali récolte ses moissons d’été.

Agnès Olier

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